Blabla
21/12/2020
Roméo Bisous

Pour ainsi dire, il y a un espace bien trop étendu pour nous.
Cet espace me rend perplexe, par son homogénéité ainsi que par son lissage étonnant.
22 hangars, chacun 6km2, soit environ une petite ville de banlieue. Enfin désormais tout cela semble plus ou moins être poreux, de la frontière entre ville, banlieue, campagne.
Je marche, comme tous les matins, dans le hangar 8, allée D.
Difficile de s’orienter sur ce vaste plateau. Tous les hangars se ressemblent. Je tiens cependant à considérer DC05. C’est le nouveau système utilisé pour garder toutes les limbes à température constante. Il y a en effet, dans chaque allée, de grandes formes semblables à des coffres forts. Ce sont des masses métalliques, au design assez sommaire. Des tôles d’acier de plus de 50 mètres de haut, et qui s’étendent sur des centaines de mètres. Une largeur avoisinant les, probablement, trente mètres. J’entends un constant vrombissement s’échapper de ces formes brutes. Mais quand j’y entre, un certain sentiment d’apaisement, y règne, ou en tout cas un bien-être semblant. Il y a, des sortes d’immenses aquarium a perte de vue. Ce sont des grands rectangles composés de verre teinté de bleu, faisant approximativement 20m2.  À l’intérieur s’y mêle une espèce de liquide aqueux et visqueux, dans une sorte d’agitation constante, un sytème de propulsion volatile contrôle le constant mouvement de cette masse. Le bleu qui s’y dégage semble naturel et renvoie à une masse d’eau mouvementée, voire stagnante.

Je ne me rappelle pas avoir vu d’eau depuis un certain moment. Le temps s’étire, semble profondément malléable depuis un moment. Je n’arrive pas à me souvenir de quand date la dernière fois que j’ai pu apercevoir une manifestation de la nature. J’aimerais bien revoir une forêt. Est-ce qu’il y en a encore ? Y’a-t’il des plages ? Des champs ? De la neige ? Je n’en suis pas si sûr. Cela fait tellement longtemps que je suis ici, je ne compte plus les années. Je suis arrivé un soir froid, plutôt hivernal, peut-être une fin de semaine, en tout cas pas un commencement.
Mais je ne sais pas depuis quand. Est-ce que je le sais ? Notre mémoire est restaurée automatiquement tous les deux ans. Notre puce est devenue notre mémoire de stockage, on ne se souvient plus. On n’y arrive plus. Il y a cependant une possibilité de garder une période de notre existence en mémoire. Trois années peuvent subsister dans notre intellect.
Cette période semble fonctionner comme une carte graphique interne finalement.
Cette brèche, jachère mémorielle, nous permet d’appréhender le monde sensiblement sans nous heurter à des incompréhensions cognitives. Trois années, 1089 jours, c’est le laps de temps qui a été définis par les autorités compétentes pour que notre cerveau puisse comprendre et analyser un environnement sans difficulté. Comment pourrais t’on différencier une terrasse sombre d’un cheval à grandes canines si on en avait jamais vu
Notre vie, nos actions, nos souvenirs, nos pensées, notre envie de manger à l’ombre, tout.
Ces informations prennent une place sensiblement importante dans l’espace-temps.

18h12, plus qu’une heure avant la fin de cette journée profondément commune et semblable à tant d’autres. Cet ensemble d’heures quotidien tasse mon corps puis aplatit mon esprit déjà assez fébrile. Je réalise sur mon avant coude une inscription corporelle, un marquage d’encre spontané. 21/08/38. Cela doit correspondre à une date, je ne sais pas quel jour nous sommes. Je longe mes blocs granit, contourne des portes battantes, aperçois des corps en mouvement, j’allonge le pas. Un panneau et un seul annonce quotidiennement la date du jour. J’avance, à la recherche de cette fameuse indication. Je marche et réalise d’autres inscriptions lacunaires. N’y reste pas. Ne t’y coince pas. Sur le long du bras. Le lieu pesant semble me narguer, tout ce metal froid m’observe, me susurre d’arrêter, me conseil de ne pas regarder. Cependant, je continue, des sensations mémorielles surgissent. Ne reste pas ici, conseil d’un moi à un autre moi. Le panneau, agencement hydraulique concentrique n’est plus loin, je le sais. Je me demande à quoi peut ressembler une vie quand l’on se souvient de tout, à quel point cela peut être pesant, peut-être réjouissant. Comment oublie-t’on ? Que reste-t’il ? Qu’en garde-t’on. Les chiffres se dessinent, sont en constante évolution pour se plier aux aléas temporels. 23/09/68. 30 ans séparent la date que j’ai sur le bras de la date actuelle. Tout semble éclairé, 30 ans de bloc 13°24°19, 30 ans de régulation aqueuse, 30 ans de non existence. J’accuse le coup, contourne une fin saillante, puis continue un chemin que j’oublierai demain.
Ceci, est un bout du texte que j’ai écrit faisant office de texte d’une année situé vers la fin.
Je voulais tout mettre car je l’aime bien et personne l’a lue, mais je me suis dit que j’allais perdre les gens car c’est finalement un peu long. Il y a donc seulement le début et la fin du texte.
Ici, je vais donc essayer de montrer un bout de mon travail ; puis des mes : considérations.
Je me suis demandé si j’allais faire quelque chose de complètement cryptique, de plutôt fan du fun, mais finalement un entre deux semble toujours la bonne solution. Être radical ça peut être bien, mais je préfère essayer d’être un touriste.
L’éducation qu’on nous délivre dans nos sections design graphique en école d’art nous pousse toujours à problématiser nos sujets, approfondir nos thématiques, trouver le saint Graal, la problématique de projet, notre angle d’attaque, notre cheval. De bataille. Cet effort est bénéfique pour certain, car ils trouvent un sujet assez large pour ratisser (large), mais parfois ça nous pousse à s’enfermer dans une problématique qui nous touche pas tant que ça, mais qui nous rassure, car on arrive à trouver une cohérence globale. On arrive à quelque chose de plus homogène, mais on expérimente moins, on s’amuse moins, alors que la base de tout c’est le plaisir finalement, l’ego trip. Le « frisson de l’amateur » est quelque chose que j’essaye tout le temps de retrouver pour ne pas tomber dans une routine convenue de ce que je sais faire, en tout cas, j’aimerais bien y arriver. Donc je sais pas vraiment sur quoi se porte mon travail, mais voilà des images de choses que j’ai faites :


Une vidéo où je classe des souvenirs


Un livre où deux typos tombent amoureuses


Un tandem marrant (je l’ai même pas dessiner je l’ai juste liquid designé)


Une vidéo d’une étrange rituel


Une affiche pour une communauté assez restrictive ma foi


Une affiche pour une fête qui avait l’air bien ma foi


Des propositions de tatou (dm @romeo.comtatou stp)


De la trame, en veux tu, en voilà


Un bout d’un livre qui parle de bouffe


Un bout d’un livre sur le graffiti

Merci à la blatte, la tarentule, la terrasse chaufée (il a plus d’un surnom à son actif) pour l’invitation. J’aimerais avoir 1% de sa confiance en lui, cependant il n’en est rien.